
Monaco, La Rochelle, Rome, Marseille et désormais Venise...
5 participations à l'épreuve mythique... dans 3 pays différents...
et 5 étoiles glanées... sans jamais avoir marché... quelque soit la souffrance...
Rappel du contexte
Le marathon est une course à part, qui permet souvent d'appréhender ses propres limites.
C'est pour cela que j'apprécie ce long kilomètrage qui est une vraie école d'endurance et d'humilité.
Tant que la ligne n'est pas franchie, il ne faut pas crier victoire.. car tout peut arriver à n'importe quel moment...
Chacune de mes courses m'a toujours appris quelque chose sur moi.
Sur la 1ère, à Monaco, je débutais et durant toute la course, j'avais peur d'exploser à tout moment... étais-je capable de courir tant de temps et de kilomètres après 18 mois d'apprentissage et de pratique...? mais au bout la délivrance.. et l'émotion d'avoir réussi. En 3h34.
Pour la seconde, dans le temple français rochelais, le stress toujours là... et le physique à 100% ..? car on se dit qu'on est sans doute passer à travers les gouttes la fois précédente... alors cela s'est traduit par un mal soudain aux mollets qui m'a fait cogiter après le semi durant quelques kilomètres... quelques mois seulement après ma première blessure aux mollets... étais-je remis...? mais cette alerte s'est évaporée... cédant le pas au plaisir de finir royalement ensuite... et en négative split... En 3h28 avec 6 ' de moins...
A Rome, j'étais une nouvelle fois sur ma spirale de progression... le 1er semi fait en compagnie de Franck sans trop de soucis... et le second accompli, seul, et durement à cause des pavés du soleil et du final interminable autour du Colisée... 3h18'.. soit 10' de moins... et ma qualification pour le mythique marathon de Boston. yes...
Cinq semaines plus tard, et un peu en roues libres physiquement, j'ai couru sur mes terres ici... mais la pluie, le vent, et le manque de puissance m'ont montré mes limites... courir bien un semi à 100%... pour ensuite gérer, au mental, durant un semi interminable mais sans douleurs, ... retour à la case départ en 3h35... hop...!
Pour Venise, tout s'annonçait bien... j'étais en grande forme, un moral fort et l'envie de progresser encore, tout en sachant que j'approchais désormais de mes limites... le mur des 3h10...
Et j'ai compris... dégusté... dans les 2 sens... comme jamais auparavant...

La course:
J'ai suivi tranquillement... d'abord près... puis un peu plus loin... de visu... le ballon des 3h10 au moment du départ... car celui-ci est parti trop rapidement... 4'30 au 1er kilo, et 4'15 au second...
Franck a continué au contact de celui-ci, mais pas moi, optant pour une reconcentration sur mes foulées.
Ce faisant j'ai retrouvé un tempo tournant entre 4'25 et 4'34 et au 9ème km, et j'étais désormais totalement chaud et bien.
Du coup je suis passé aux 5 kms en 22' et aux 10kms en 45', avec une dizaine de secondes seulement de décalage par rapport aux 3h10.
J'ai continué à ce rythme, sans soucis, jusqu'au semi bouclé en 1h35. Toujours avec mon petit décalage.
Au bout de 2 heures, j'avais déjà parcouru 26,7 kms et les rangs autour de moi commençaient à se clairsemer, mais je trouvais toujours quelqu'un à qui m'accrocher.
Je commençais même à rattraper des coureurs qui m'avaient passé en début de course et qui connaissaient leurs premiers signes de fatigue.
Rien de cela pour moi... un moral au beau fixe et des jambes qui suivaient normalement.

Néanmoins, quelques petites difficultés, comme un long tunnel sans grande luminosité ou la côte pour entrer dans le parc... ont commencé à entamer mon sentiment d'invulnérabilité dans le quart d'heure suivant.
Le fameux mur des 30 kms..?
Alors j'ai levé un peu le pied pour bien le négocier (autour de 4'46/km) dans ce parc vallonné où j'ai couru, avec l'impression de faire du sur-place, durant ces 3 interminables kilomètres faits de tours et détours, et en plein vent... sans savoir quand je m'en désengluerais...
Au sortir du parc, il me restait 10 kms à faire, j'étais bien câlé sur 3h10... mais cela m'est vite apparu comme une montagne énorme..
Je ne sais pas pourquoi mais... je n'avais plus trop envie de rien... et surtout j'avais mal partout, des pieds aux abdos... tant et si bien que je ne pensais de plus en plus qu'à une seule chose : m'arrêter... pour souffler...
Mais non... ce n'était pas encore l'heure pour cela... alors je continuais en serrant les dents...
Le supplice néanmoins ne faisait que commencer car il me restait le Pont de la Liberté à traverser.
5 kms de ligne droite bruyante, à côté des voitures, en plein soleil avec au bout Venise...
Horrible... terrible.. l'impression d'avoir les runnings collés au bitume... et un corps prêt à exploser... et cette chaleur soudaine...
Mon rythme a encore baissé (autour de 4'58/km) mais je repoussais de foulées en foulées le moment de tout stopper... et musculairement je n'avais jamais autant souffert de ma vie... mais bon je m'accrochais...
De plus vu le nombre de runners en souffrance, cela était hyper difficile de se remotiver et de trouver quelqu'un pour se relancer.
Au 35è km, enfin atteint, j'ai fait une halte au ravito, j'ai vidé 2 ou 3 verres de glucose et même si je n'avais pas envie, j'ai poursuivi ma route.
Je regardais sans cesse mon chrono pour voir ma progression mais bof.... cela n'avançait guère... et je baissais encore en vitesse (entre 5'09 et 5'14/km).
Finalement peu avant de monter la côte d'entrée dans la cité lacustre, j'ai été encouragé par des membres de mon club. J'avais toujours envie de tout stopper, mais pas devant eux quand même... alors j'ai serré les dents et continué.
Au 40ème km, nouvelle halte au ravito... hop du glucose... et j'ai repris ma course... sans savoir que ce qui m'attendait... c'était l'enfer... les rues de Venise... et ses...

... 14 ponts à franchir...
dans le dernier kilomètre...
quel calvaire...
se relancer à chaque fois..
souffrir dans sa chair...
dans les montées , les descentes...
et entre les ponts... en zigzaguant... au bord ou au dessus de l'eau...
et sur la surface pavée...

Finalement, j'ai atteint la fin la rage au ventre... énervé... dégoûté... exténué...
Mais droit debout... comme un combattant... qui ne s'est pas rendu... et qui n'a jamais baissé sa garde sous les 5'30/km...
Même en intégrant mes arrêts de ravitaillement, soit mieux qu'à mon rythme normal d'endurance d'à peu près 10 km/h...
Je n'ai perdu que 10' dans cette dernière heure de course... un moindre mal... face au défi himalayen de finir en 3h10... mais bon qui ne tente rien n'a rien...
Et je ne termine qu'à une poignée de secondes de mon record de Rome... à cause des ponts...?
Mais cela importe peu... car je suis aller jusqu'au bout... du bout....
Même Franck, qui me précède de 6', n'avait jamais vu ça... en plus de 25 marathons... un parcours aussi éprouvant... mais
Venise (
si vous voulez me voir, il n'y a qu'à cliquer...) était si belle... que cela valait bien quelques sacrifices...
Temps : 3h20'04
Classement : 693è/5.541 (186è V1 et 28è français sur 280)